dimanche 20 novembre 2011

nuage vivant

Identité céleste

Les nuages ont-ils une âme?
Ils se forment en fonction des variations de températures.
Ils sont une étape du cycle de l'eau.
Un nuage n'est pas perdu (il disparaît), n'est pas créé (il apparaît).
Un nuage se transforme.


Structure

Le nuage a son image miroir.
Il est un ensemble de gouttes d'eau entourées d'air alors que l'écume est constituée d'un ensemble de bulles d'air entourées d'eau.


Mouvement

Contrairement à l'eau liquide, il échappe à la gravité.
Plus dynamique que le bloc de glace, il prend une infinité de formes inconcevables dans leur éphémérités.
Les nuages font la pluie et le beau temps.


Interactions 

Les nuages, nomades, se déplacent au gré du vent, se réfugient dans l'infini.
Les nuages font de l'ombre au soleil et en se faisant mutuellement de l'ombre, ils nous dévoilent l'humeur du ciel.
Par la même occasion ils influent sur notre comportement.


Attraction

A travers le cycle de l'eau dont il est l'un des états intermédiaires,  le nuage contribue à annuler le temps.
Car la répétition annule le temps.
L'écho rend intemporelle la parole qu'il véhicule.
Le nuage défie mon imagination et me fascine.
Pas de hiérarchie de nuage.
Seulement des catégories créées par l'homme pour tenter de cerner l'indiscernable.
Combinés au soleil et au vent, ils rendent au ciel son allure d'aquarelle chaotique.


Le syndrome de la barquette

Un sentiment de culpabilité

La plupart des gens qui achètent une barquette-repas, la finissent entièrement.
Quel mal y-a-t-il à terminer sa barquette puisque si on l'a achetée c'est bien parce qu'on avait besoin de prendre des forces et que ne pas aller jusqu'au bout de notre acte de consommation serait porter préjudice à l'humanité, manifester une ingratitude envers ceux qui souffrent de malnutrition.
Bref, un tel comportement serait perçu comme un gaspillage volontaire, consciencieusement malhonnête.


Une quantité calculée

Lorsqu on achète cette forme de repas, on paie autant pour le contenu que pour le contenant.
Plusieurs cas de figure se présentent alors à nous:
  • la barquette est pesée (ou plutôt son contenu), c'est vous qui choisissez le volume de nourriture, un volume qui détermine le prix final.
  • la barquette n'est pas pesée , on vous propose différents formats ( S, M, L, XXL comme dans les fast-food US), censés correspondre à l'envergure de votre appétit du moment.
  • un unique modèle donc un seul prix, vous n'avez d'autre choix que celui du A prendre ou à laisser.

La barquette est avant tout un objet de consommation, c'est une portion.
Elle renferme l'idée de quantité, le concept d'uniformisation car il n'existe pas une barquette mais des instances d'un même modèle de barquette.

Elle n'appartient ni au vendeur, ni au client puisque une fois le repas consommé, elle n'a plus aucune utilité, sa mission est accomplie. Elle nous assiste dans ce principe passif, cet instant de consommation pour que tout se passe pour le mieux.

Le choix du vendeur en faveur de la barquette est un choix de rationalisation et non de rationalité. Elle est garnie pour rendre service au vendeur en imposant l'envie au consommateur. Elle ne coûte pas cher au marchand et sait soutirer silencieusement au client toujours plus d'argent qu'il ne souhaite en donner, en obtenant de lui son consentement aveugle.
  
L'impact psychologique / physiologique

Lorsque les gens paient cher ils souhaitent en avoir pour leur argent et dans leur esprit la quantité importe autant (si ce n'est plus) que la qualité.
Le dilemme pour lequel il faudrait choisir entre manger pour assouvir sa faim (par nécessité) ou manger pour satisfaire sa faim (par plaisir) est résolu par la barquette.
Il arrive parfois que l'on puisse prendre du plaisir en mangeant au-delà du seuil de la nécessité (i-e gourmandise). Cet état de plaisir intense est si agréable que ceux qui vivent cette expérience souhaiteraient qu'elle dure plus longtemps, voir indéfiniment.
Or dés que ce seuil de la nécessité physiologique est dépassé, notre métabolisme est mis en branle, la destruction de notre équilibre sanitaire est entamé.
Le rôle crucial de la barquette réside dans le fait qu'elle est là pour nous aider à transgresser cette limite, en noyant la nécessité d'assouvir sa faim dans le surplus subliminal d'images de nourriture qu'elle propose, alimentant ainsi nos fantasmes sécuritaires d'abondance.

Par sa forme elle modélise l'estomac-type par lequel le vendeur sait identifier le client et vendre à ce dernier une certaine forme du bonheur, l'illustration du vide béant débordant de nourriture.

Aprés tout, Lao Tseu ne disait-il pas que "Qui prend un bon repas, dîne en compagnie des Dieux"?











mercredi 9 novembre 2011

La feuille du Banian

L'utile futilité

A quoi peuvent servir ses feuilles si ce n'est à distiller les rayons du soleil, donner à l'arbre sa vocation de parasol, de parapluie, d'abri naturel. Selon les circonstances elles offrent ainsi une protection contre la lumière ou l'eau, pour nous humains à l'esprit si pragmatique.

Au terme d'une vie collective, elles tombent à terre pour devenir l'humus rédempteur dont l'arbre-père se réapproprie les vertus nutritives.

La feuille tombe à terre de la même manière que la goutte d'eau quitte le nuage pour gagner l'Océan.

Le potentiel de l'inutile

L'instant pendant lequel la feuille se sépare du feuillage pour rejoindre le sol s'appelle la chute. La feuille passe de l'état immobile ( noyée dans l'ensemble collectif ) à un état dynamique ( minimalisme individuel ), virevoltant sur elle-même dans un ballet aérien euphorique, comme si elle manifestait au reste du monde, une joie profondément ancrée non pas en son sein mais une joie commune à toutes ses soeurs dont elle serait la messagère, le véhicule.


Elle ne sert plus à rien pendant ce dernier voyage. Située entre le feuillage-passé et une Terre-future, elle demeure l'espace d'un instant, seule au monde. Fleurtant avec l'inéluctable force de gravité arrachant sa tige de l'insondable masse ramifiée, son mouvement nous dévoile une fragilité, siège du germe d'une destruction programmée.