L'utile futilité
A quoi peuvent servir ses feuilles si ce n'est à distiller les rayons du soleil, donner à l'arbre sa vocation de parasol, de parapluie, d'abri naturel. Selon les circonstances elles offrent ainsi une protection contre la lumière ou l'eau, pour nous humains à l'esprit si pragmatique.
Au terme d'une vie collective, elles tombent à terre pour devenir l'humus rédempteur dont l'arbre-père se réapproprie les vertus nutritives.
La feuille tombe à terre de la même manière que la goutte d'eau quitte le nuage pour gagner l'Océan.
Le potentiel de l'inutile
L'instant pendant lequel la feuille se sépare du feuillage pour rejoindre le sol s'appelle la chute. La feuille passe de l'état immobile ( noyée dans l'ensemble collectif ) à un état dynamique ( minimalisme individuel ), virevoltant sur elle-même dans un ballet aérien euphorique, comme si elle manifestait au reste du monde, une joie profondément ancrée non pas en son sein mais une joie commune à toutes ses soeurs dont elle serait la messagère, le véhicule.
Elle ne sert plus à rien pendant ce dernier voyage. Située entre le feuillage-passé et une Terre-future, elle demeure l'espace d'un instant, seule au monde. Fleurtant avec l'inéluctable force de gravité arrachant sa tige de l'insondable masse ramifiée, son mouvement nous dévoile une fragilité, siège du germe d'une destruction programmée.

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